lundi 29 mai 2017

Les 4000 de Saas-Fee


Mardi matin, je suis tranquillement en train de prendre mon petit dej' torse-nu dans un champ du Vaucluse avec vue sur le Mont Ventoux. Spirit peace and love, c'est l'esprit du voyage à vélo.
Le téléphone sonne et les affaires reprennent. A priori il y a un créneau météo pour aller skier les 4 jours de l'Ascension en Suisse autour de Saas-Fee. Ok, je suis motivé mais je peux rien organiser...



Mercredi aprem', je termine à Sète les 700km de la Via-Rhona autour d'un beau plateau d'huitres partagées avec mon frère Louis et sa copine Lauriane (merci pour l'accueil, vous êtes au top!). On va se baigner pour parfaire mon acclimatation méditerranéenne. 



24 heures plus tard, avec Ben et Amel, on chausse les skis vers 3000m pour rejoindre Brittania Hütte. Petite mise en jambe, heureusement car le changement est brusque et les sacs sont lourds.



Le refuge est complètement full du coup en bons français, on s'installe pour cuisiner dans le local d'entrée. C'est l'avantage de la Suisse, même le placard à chaussures est confortable, éclairé et bien rangé !

Être en hors-sac nous permet de nous réveiller 1 heure après tout le monde, de petit-déjeuner et de nous préparer en douceur alors que la chenille avance doucement sur le glacier. Faire la queue pour aller aux chiottes à 4h30 du mat', y a plus marrant. Car à Brittania quelque soit le sommet et l'orientation visés, le petit dej' est à la même heure pour tout le monde.



Aujourd'hui, on vise notre premier 4000, le Strahlhorn. C'est parfait pour une reprise. Le glacier est bien bouché et la pente molle. 



On profite de cet environnement magnifique tout en essayant de retenir le nom des sommets voisins, Rimpfischhorn, Fluchthorn, Adlerhorn...


 
Après un petit coup de cul, encore un peu de plat sur l'arête et on arrive au sommet du Strahlhorn, 4190m, premier 4000 du séjour. Yehaaaaaa !


 
La caravane est passée et on pique-nique tranquillement au soleil en attendant que ça décaille.



La descente sur glacier se passe tout en douceur, des virages en moquette, un schuss, à nouveau quelques virages...


 
Bref, c'était top pour se mettre dans le bain.



Maintenant, on a toute l'aprem' pour lire le seul bouquin en français du refuge sur les légendes du début du siècle en pays Genevois, tout un programme.


Samedi, on part en direction du Rimpfischhorn. Les sacs sont plus lourd car ce soir on dort à Täschhütte. 



Le long plat vers Allalinpass nous permet de repenser à ce que nous disait hier, un pote au refuge, sur sa descente du Rimpfischhorn "qui secouait les chaussettes". Une face Nord-Ouest en fin de matinée, même fin mai, c'est rarement un bon plan.



Justement on monte face à la Nord-Est de l'antécîme Nord du Rimpfischhorn. Une belle pente de 600m tout en neige qui est en train de chauffer au soleil du matin.
Ça faisait longtemps qu'on avait pas changé de plan. Alors après une petite dépose de bouffe, gaz, popotte, fringues vers l'Allalinpass, on met le clignotant à gauche.



Nos espérances se confirment dans la montée, c'est en train de ramollir doucement. On laisse les skis à 3900 pour terminer les 100 derniers mètres à pieds par une belle arête sur fond de Strahlhorn.



Un tas de caillou fera office de summit 



et c'est le 2ème 4000 qu'on coche.


 
La descente sera magnifique avec des virages carte postale sur fond de Stahlhorn



d'Allalinhorn 



 de Fluchthorn


 
 et de Mischabel



Le temps d'un casse-croute et la face Ouest de l'Allalinpass est à point. C'est tout doux et cette fois-ci, on passe au virage Cervin. Une petite remontée en plein cagnard et on bascule dans le vallon de la Täschhütte. La combe est orientée Ouest et la moquette toujours aussi bonne.
Décidément aujourd'hui, on s'est gavé !!



On laisse les skis à 300m au dessus de la cabane et on termine en ramasse puis à pied.
Le refuge est en mode hiver, 12 personnes pour 10 places mais l'ambiance est super bonne et on discute bien avec des Suisses francophones autour d'un apéro partagé.



C'est juste bizarre de pas monter de réchaud mais de faire faire tourner le poêle toute la nuit et de couper du bois à 3h30 du matin pour faire chauffer le thé ???



Et oui, c'est dimanche et on se lève à 3h30 pour skier l'Alphubel. On a beau être à 4000, ça descend en Est et ça chauffe fort. 



Départ à pied mais avec un sac léger de la cabane, on fait le plein d'eau à la rivière et 300m plus haut on récupère nos skis. Encore 400m et on ramasse la corde et le matos de glacier laissés la veille. 



Aujourd'hui, y a pas de plat et rien de tel qu'une bonne montée à l'ombre pour être efficace !!
On retrouve le soleil et un couple de français à l'Alphubeljoch (le col à 3771).



 Ils montent par l'arête Sud. Ça a l'air plus direct, en bonne condi et ça permet de faire le sommet en boucle. Clin d'oeil du destin, on les suit. 



Après le froid de la combe Ouest, c'est le cagnard sur l'arête mais la vue sur les sommets skiés les jours précédents et tous leurs copains est massive (renforcée par une belle mer de nuage coté Italien). 



On termine en crampons la pente finale et c'est le summit de l'Alphubel 4206m. 



3ème 4000 en 3 jours. Belle coche. Après un morceau de fromage, on descend vers 10h et c'est déjà bien transfo. 



On croise les pauvres cordées qui ont du partir à 5h de Brittaniahütte (chez les fabricants de montre, on rigole pas avec l'heure) et qui montent en plein four avant de descendre dans une neige qui sera trop molle (comme les ponts de neige...).

L'itinéraire évite les zones trop crevassées et ça tombe bien car par endroits c'est déjà bien mou. On rattrape les pistes de Saas-Fee qui nous offrent du bon ski (plus à l'ombre). On déchausse vers 2250 après quasi 2000m de descente. Dément. Il reste 300m de portage jusqu'à la station et quelques taches de neige nous permettent d'en skier la moitié. C'est la bonne surprise du jour.
Du coup, c'est avec le sourire qu'on paye les 42 CHF de parking pour les 4 jours.
Conclusion, la Suisse c'est cher mais qu'est ce que c'est beau !!


Merci Amel pour la préparation, les courses et l'orga au top. Merci Benoît pour tes beaux virages carte postale.



Infos pratiques, sortez les CHF...




Parking à Saas-Fee payant, pour 4 jours= 42 CHF !!
Du parking, compter 20-30 minutes de marche jusqu'au téléphérique de Felskinn.

Le téléphérique est ouvert jusqu'au 28/05 pendant l'inter saison. Quand la station est fermée il n'y a qu'une seule benne tous les jours à 16h30, et exceptionnellement une à 7h30 (ou 8h30?) le samedi matin. Prix: 40CHF.

Nuit à Britanniahütte : Il y a 1/2h de ski à plat depuis le haut de la benne au refuge (autant dire, vous pouvez charger les sacs). 26+2 CHF avec carte CAF ou 36+2 sans carte CAF, en hors sac (pas de salle hors sac). Il y a l'eau courante dans les sanitaires (a priori non potable pour les Suisses, la bonne blague:-). On réserve en ligne sur le site. Le refuge passe en mode hiver quand la benne ferme (28/05).

Täschhütte: non gardée depuis la mi-mai, 10 places dans le local d'hiver, couvertures, poëlle, bois, vaisselle. La rivière est à 10 minutes à pied. Possibilité de monter en 1h30 depuis le parking en bas. 500m de déniv' et un parking gratuit (le seul de Suisse?). 200m de déniv' cette année pour chausser les skis depuis le refuge fin mai.

On peut accéder aux cartes Suisses sur http://www.swissgeomap.ch
On n'a pas testé l'application.


topo Strahlhorn
topo Rimpfischhorn
topo Alphubel






















dimanche 30 avril 2017

Grande poudre à la grosse Casse.


La Grande Casse, c'est un beau sommet de la Vanoise, mais qui est difficile à skier en bonnes conditions. Trop tôt dans la saison, pas facile d'avoir la poudreuse et la stabilité.
Au printemps, la neige est stabilisée mais espérer de la moquette dans la partie raide de la face, orientée plein ouest et située entre 3600 et 3200m semble compliqué. J'en avais fait l'expérience il y a quelques années avec des Grands Couloirs lisses mais encore durs et le dessous tout mou. Et là, le premier virage est dur à enclencher avec 300m à 40° sous les pieds.  
La solution, une bonne chute de neige au printemps quand le manteau est stabilisé.
Après la semaine qu'on avait eu, on pouvait pas espérer mieux.
Mais comme rien n'est gratuit, on a commencé par monter au refuge dans la tempête de neige. 
Là où ça été moins marrant, c'est quand il a fallut faire la trace dans 30-40 de fraîche avec moult vivres et quincailleries dans le dos.
Petit moment d'hésitation dans le brouillard, heureusement la technologie, nous a bien aidés pour trouver le refuge.



Bonne surprise, on retrouve Clément et son pote François au refuge.



Bonne nouvelle, parce que ce matin, personne avait l'air pressé de partir du refuge en premier, ce qui impliquait de faire la trace.



Et oui, c'est bien beau de vouloir skier les grands couloirs en poudre mais avant faut tracer.



On a donc fait un bon travail d'équipe parce que derrière ça poussait pas vraiment pour aider ou alors dans le style "j'peux prendre le relais les gars, mais d'abord j'attends ma copine !"
Vu la température, on apprécie le geste mais on attend pas la copine...



Du sommet, on comprends mieux pourquoi on la voit de tous les massifs cette Grande Casse.



Belle coche et première là-haut pour le fréro,



On a rarement skié autant de poudreuse cet hiver !!



Et là, le mec qui monte derrière en split, se dit qu'il aurait du y aller mollo sur les binouz' hier soir.



Bon Taf'



Et il en reste encore...









mardi 18 avril 2017

3 jours à skier sur les glaciers de l'Ailefroide Orientale et du Pelvoux, mais 2 styles bien différents...


A la base, le plan A était d'aller skier au Grand Paradis. Trop de monde. Plan B, le Mont Blanc ? Le créneau du lundi semble se réduire à quelques heures.



 Traversée Caro-Evettes ? « Mais ma bonne dame, c’est complet depuis une semaine, hey oh c’est Pâques ! » Ah je viens de comprendre qu’on va abandonner les plans refuge gardé. Voilà comment on se retrouve au plan P comme Pelvoux ! Mais oui, la boucle Refuge du Sélé-Ailefroide Orientale-Refuge du Pelvoux-traversée du Pelvoux, était quelque part dans un coin de notre tête…

J1 : +1100m Montée au refuge du Selé.
A peine 250m de portage si on prend bien en rive droite ! 



Aller skier un glacier en refuge non gardé où il risque de pas y avoir de place, ça donne quoi ? Un gros sac avec une corde, un baudrier, le matos glaciaire, les crampons/piolet (et pas ceux en alus, c’est pas n’importe quel glacier!), un réchaud, du gaz, de la bouffe, et même un petit duvet et un tapis de sol… que du bonheur !
Avec un lever grass’mat, on arrive les derniers au refuge mais on est large, il reste encore de la place. Plein de gens sympas au refuge, et on se met à jouer des parties de Coinche enflammées…


J2 : +2150m Ailefroide Orientale + Remontée au refuge du Pelvoux

« Vous vous levez à quelle heure ? 4h ? Z’êtes sûrs ? » Oh, nous on va faire la grasse mat, lever 5h30 ça suffira bien ! On part donc dans les derniers, avec les italiens « ultra light » qui nous doublent (tellement light qu’ils ont un baudrier mais pas de corde). On monte tranquillement mais l’altitude nous empêche de forcer.



 Passage près des séracs, 



 un passage en crampons.



 Et on rejoint les autres groupes au sommet ! 



Yihaa… 



On attend que la neige soit à point autour du pic-nique, et on descend les derniers… 



que du bonheur… de la moquette sur plus de 1000m…



 Pschittt les gerbes de neige !!

Après ce moment de bonheur intense, place au calvaire: remontée au refuge du Pelvoux sous le cagnard, sur un sentier déneigé et en chaussures de ski… Annoncée 400 à 500m de déniv, par le vendeur, il s’avère que c’est bien 700m qu'il faut remonter. 



 Ah ce Simon, quel bon commercial ;-) On ne dira pas qu’à la fin,avec Benoît, on a du tracer dans 50cm de neige humide, et qu’on a du faire 50m de dénivelé en… 1h, pendant que le commercial bronzait au refuge. Enfin nous y voilà, et alors que le refuge ne contient que 10 places, et bien nous sommes les dizièmes… si c’est pas beau…


J3 : +1300m Pelvoux par le Coolidge, traversée du Pelvoux

Driiing, il est 3h30. On est bien rodés maintenant, pendant que l’eau chauffe on prépare le sac… Allez hop c’est parti. Ça commence par une petite grimpette sur rocher mouillé en chaussures de ski, j’aime pas trop ça moi. Le temps que je couine un peu dans le passage, on s’est fait rattraper par un guide et son client (un breton du CAF de Lorient en plus !), et je sens bien que Simon est tendu. (NDLR: comment ne pas l'être ? Ils se sont réveillés 1/2h après nous et on est toujours à moins de 100m du refuge). Heureusement quand ils chaussent leurs crampons, on les redouble et l’ambiance se détend. Non mais ! 



La suite déroule bien, toujours crampons aux pieds jusqu’en haut du couloir Coolidge.



 Entre l’altitude et le froid, la fin du couloir devient plus difficile et je vois la cordée du guide qui s’éloigne…



 Première pause, j’enfile mes gros gants. Deuxième pause, j’enfile la doudoune. Troisième pause : j’ai plus rien à me mettre, bon bah pas de pause alors !



Arrivés au replat, on rechausse les skis pour arriver au Pelvoux ! 



Yihaaa bien mérité !
On traîne pas trop, et on commence la descente par le glacier du Pelvoux. Il y a des gros séracs partout, c’est ambiance mais ça skie large. 



Pas la même sur le glacier des Violettes. « Ca passe là ? Euh… m’ouais je crois voir des traces ». Je n’ai jamais skié aussi près des séracs, c'est grandiose.



 Par contre, mieux vaut être à l’aise sur ses skis car la chute est interdite. Autant hier, à l’Ailefroide on ne l’a pas vu passer l’expo 3, autant là je la sens bien sous mes skis...   



Ça fait que tu skies un peu avec le frein à main…
A force de louvoyer entre les séracs, on se retrouve dans une impasse. 



Une seule solution : tirer un petit rappel, s’encorder en mettant des broches régulièrement, pour accéder au replat… Bien contente d’avoir mes crampons de cascade, la glace est dure et cassante. Ouf… nous voilà enfin en bas et nous enfilons les skis. 



Le glacier, c'est terminé. On peut se lâcher, la moquette est bien revenue, peut-être un poil trop même (il est plus de 12h, on a perdu un peu temps avec ces manips), mais ça fait du bien de skier (normal). Puis nous devons de nouveau déchausser, pour suivre du terrain à chamois pour mon plus grand bonheur. Au détour d’une crête, nous rechaussons les skis, et finissons la descente par la vire des militaires. 

Enfin, nous voilà au parking du Pré de Mme Carle skis aux pieds, les jambes tremblotantes, et le sourire aux lèvres. Un vieux projet de coché !!
 Je négocie une voiture-taxi qui semble redescendre pour que Benoit aille nous chercher la voiture, au top !

On finit au bar de Vallouise avec Sylvain et Vincent rencontrés au Pré de Mme Carle, à boire un coup, et surtout pour nous trois autour d’un burger maison XXL pour les ventres affamés !! On l’a pas volé celui-là !!


Compte-rendu : Amel
Topo  de l'Ailefroide et du Pelvoux.