vendredi 26 février 2021

Tour du Bec d'Arguille

 

 Pour moi, Belledonne est un des meilleurs massifs pour faire une belle boucle en ski. La topographie avec de multiples cols aux orientations diverses, l'absence de plat et un grand nombre de combes et de vallées qui communiquent entre elles, en font le terrain de jeu idéal pour une belle journée de ski de rando.

 En regardant dans le rétro, j'ai déjà décrit 25 boucles dans le massif sur ce blog !

 

 Je cite souvent l'exemple du replat au-dessus du refuge de l'Oule, duquel on a le choix entre le col du Morétan qui bascule dans le Veyton, les cols du Gleyzin, passage Clarant et col de Comberousse pour rejoindre la combe des Roches par deux vallons différents, la Selle du Puy Gris pour skier la Combe du Tepey, le col de la Valloire pour atteindre la combe de la Grande Valloire et le col des Pointes de la Porte d'Eglise pour basculer dans le Belledonne sauvage...

 7 cols qui amènent dans 6 vallons différents, n'est-ce pas là une belle invitation à la boucle ?

Et si jamais on veut une belle petite boucle, on peut rester dans la combe de l'Oule en bouclant par le passage de Tigneux.

 

C'est bien là, le problème du massif. La petite boucle est compliquée. Avec des départs bas, j'ai pas grand en chose en stock sous les 1500 de D+

Mais qui a dit que le dénivelé était un problème ? 

Et comme tout n'est pas rose, la belle boucle commencera souvent par un fond de vallon qui sera moins skiant (voire un peu de portage pour certains départs) et un réveil (très) matinal.

 

 Et oui en conditions printanières, la belle boucle commence souvent par une descente en Est ou Sud-Est. Pour descendre la face Est du passage Brabant, on visait d'être là-haut à 10h. Et pour être à notre premier col à 10h, après 1600D+ en étant efficace et une heure de route, le RDV à Grenoble était à 5H15. Je vous laisse imaginer l'heure du réveil 4H??

 

Une fois passée l'étroiture bien raide et béton, on monte dans une belle combe suspendue sous le passage Brabant, le soleil vient nous rappeler pourquoi on s'est levé si tôt. Le regel est bon, on se détend.

La première descente dans la combe du Tepey est variée, poudre tassée ou moquette selon les contre-pentes. 

 


Arriver à un col et basculer de l'autre coté, c'est là tout le plaisir de la belle boucle. On évite les fonds de vallon, plats et moins skiants. Bref, on skie que le meilleur! Et souvent, la fréquentation diminue à mesure que le dénivelé augmente. A cela, s'ajoute aujourd'hui le plaisir de découvrir une nouvelle descente.

Cette configuration est idéale pour appliquer mon mantra, "on descend jusqu'où c'est bon"

 

Nous voilà donc à l'étape obligatoire de la belle boucle, remettre les peaux et remonter à un deuxième col. Autant la première montée est souvent à l'ombre et bien regelée, autant cette deuxième montée sous le cagnard ou après un gros pique-nique, peut être rude.

On ne sera pas gêné par le soleil aujourd'hui. La combe qu'on remonte est orientée plein nord. Du coup, Thomas fait la trace en direction du point 2725 situé entre le col du Sambuis et le Bec d'Arguille.

Une casquette peut protéger de l'insolation, mettre le plus en forme à la trace, évite le coup de mou. 

 


Comme espéré, il y a un couloir orienté au Sud derrière la brèche 2725, la moquette rend la pente agréable et la chute possible. Plus bas, c'est ski grand large dans un vallon transformé comme il faut.

Je suis content car c'était pas gagné. Des comptes-rendus peu enthousiastes sur la qualité de la neige en début de semaine, m'avaient interrogé quant à l’intérêt d'une belle bambée pour faire du ski nautique.

 

La boucle est bouclée mais au pique-nique se pose la question récurrente d'une belle journée: "Hey les gars, on fait une rallonge ?"

L'ancien dit: "Ok, pour une rallonge, mais que s'il y a du bon ski"

La combe du Rocher Blanc ne fait pas envie, comme la face Est du Petit Badon.

 Remonter ce qu'on vient de descendre ? Le temps de monter, ça sera trop mou.

La face Ouest du col de la croix n'a pas l'air transformée mais plutôt en carton.

 

On pense avoir fait le tour, mais il y a derrière nous un petit couloir SW qui ensuite s'élargit. Sachant qu'une fois touché le fond de la Combe Madame, la neige sera trop molle, on en profite pour faire les derniers bons virages de la journée.


Le tour du Bec d'Arguille fait +/-2200m +/-400m de rallonge. +/-2600D+  à la journée, c'est une belle sortie !


Topo du tour du Bec d'Arguille. 

Monter au passage Brabant depuis combe Madame. 1600D+ 

Descente en Est jusqu'à 2200 ou plus bas selon la qualité de la neige.

Remontée au point 2725 et redescente en SW (500D+ ou + selon la première descente).







 









Grand Arc combe Sud-Est, la belle alternative !

 

En choisissant le Grand Arc un samedi de beau temps, je me doutais que d'autres skieurs auraient eu la même idée que nous. Mais quand tu veux organiser une sortie familiale, sur une face au soleil, pas trop loin d'Annemasse, Annecy, La Roche et Grenoble... Sans faire trop de route, les possibilités se réduisent.

Allez va pour le Grand Arc et tant pis si c'est pas l'aventure. 

 


Parfois l'issue d'une journée ne se joue pas à grand chose. Il aura fallut un petit égarement en début de journée pour qu'on se retrouve involontairement dans la combe Sud-Est du Grand Arc.

Et alors que la combe Sud est fréquentée et bien trafollée, on se sent bien seul dans la combe Sud-Est tandis que la neige est restée lisse.

 

Après avoir pensé rejoindre le sommet du Grand Arc, on se contente de l'antécime Sud-Est car la moquette est revenue à point. Si ça chauffait moins, ou si le réveil avait sonné plus tôt, on aurait pu rejoindre le sommet par un petit bout d'arête.

Voilà un bon plan pour profiter d'un vallon peu fréquenté et d'une neige encore bien lisse, juste à coté d'une grande classique trafollée.







dimanche 14 février 2021

Balades en Beaufortain et traversée Sud-Nord de la Pointe de la Grande Journée

 

 J'avais déjà parcouru le versant Tarentaise du Beaufortain, beaucoup moins du coté d'Arêches.

 

 

Une semaine avec la belle-famille à Arêches nous a permis de découvrir les environs du col de Roche Plane. Un bon réservoir de poudreuse froide bien à l'ombre de la Légette du Mirantin. 

 

 

Une belle journée découverte du ski de rando pour Anto, du virage carte postale au ski combat, paumés dans la forêt.

 


 

Beaucoup de neige fraîche, des stations fermées et le domaine du Val Joly se transforme en un beau secteur de ski de rando en pente douce, idéal après des grosses chutes de neige.

 

 

Avant-hier, je retrouve les plaisirs du ski de rando, lors d'une sortie Gum à la Pointe du Dard. Après un mois de janvier chargé en skating, quel bonheur de découvrir un vallon inconnu, regarder la carte, chercher la meilleure combe pour descendre, remettre les peaux et faire du bon ski !! 

 

 

En ces temps de carence sociale, une journée en groupe dans la bonne humeur, c'est autant apprécié que de la bonne neige.


Il ne manquait plus qu'une belle et grande journée pour continuer l'exploration de ce versant que je ne connaissais pas.

 

 

Du soleil annoncé pour le week-end, Antoine qui me branche en début de semaine, Loïc qui est aussi dispo samedi et des chutes de neige vendredi, ça sent bon. Reste plus qu'à trouver une belle boucle pour le gang des Stéphanois.

L’incertitude quant à la météo se dissipe ce matin lorsqu'on passe au-dessus de la mer de nuage. Un itinéraire de ski de rando tout tracé nous amène à la Pointe de la Grande Combe. 

 

 

Malgré le monde croisé depuis ce matin, personne n'a encore basculé en face Ouest, dans la combe de la Bâthie. Première descente magique, neige de cinéma, soleil, vallon vierge. C'est tellement bon qu'on descend jusqu'à la Ravoire.

Finalement, plus personne ne regrette cette première montée un peu rapide...

 


C'est avec le sourire que le groupe remet les peaux. L'ambiance est plus sauvage qu'au parking bondé de ce matin. Il faut même faire la trace pendant 300 mètres de D+. Autant avant-hier, ça caillait, autant aujourd'hui tout le monde transpire. Un sabot de neige sous le ski n'arrange pas nos affaires !!

 

 

On retrouve donc la trace qui nous mène à la Pointe de la Grande Journée par la combe Sud avec plaisir. C'est le Beaufortain comme on l'aime. Des beaux vallons ouverts adaptés au ski de rando, des orientations multiples et des possibilités énormes...

 

 

Avant de plonger dans la face NE, la pause panoramique est bien méritée au sommet, après 1900 de déniv'.

 

 

 Le bouquin "Les plus belles traces du Beaufortain" nous vend cette descente comme le plus beau champ de poudreuse de tout le massif. 

 


On confirme, la neige n'a pas du voir le soleil de la journée et la descente est magnifique.

 

 

Le surprenant couloir des Grépets conclut la Grande Journée de façon originale ! 


Ça fait de la route depuis la maison, mais le potentiel de randos autour d'Arêches est énorme. Et quel plaisir de découvrir des nouvelles vallées !!

Il me reste encore quelques projets là-bas. C'est pas impossible que vous en entendiez encore parler...

  




dimanche 3 janvier 2021

Ouille Allegra

 

 


-17°C au parking ce matin.

Bienvenue en Haute-Maurienne à Bessans, le congélo des Alpes.

  Forcément la première demie-heure à plat le long du torrent d'Avérolle pique un peu le bout des doigts. Heureusement un sentier efficace et déjà tracé nous amène rapidement aux chalets d'alpage des Planors où nous retrouvons le soleil. 

 


La journée s'annonce bien. C'est le premier jour de grand beau depuis qu'on est à Bessans et il y a du monde devant à la trace. Bon, soyons honnête à ce moment, je me dis que c'est quand même pas les condis de l'année.

Autant le triangle sommital de Ouille Allegra attire l’œil, autant à ce moment la neige a l'air d'avoir pris le vent et l'herbe n'est pas loin.

On va pas se plaindre, ça papote, le soleil nous réchauffe et la vue se dégage sur la dent Parrachée, puis les Aiguilles d'Arves, puis la Meije...

 

On double un bon groupe de Chambériens mais les traceurs ont encore de la marge. C'est bien comme ça, c'est nous qui aurons de la marge à la descente ! Merci les gars.

Nous rejoignons le pied du triangle sommital par une courte pente bien caillouteuse. Aïe, ça va faire mal aux skis. Au moment où je me demande comment on va descendre par là, se découvre derrière un petit vallon vierge et encore à l'ombre. Le fond de la combe a l'air rempli d'une poudreuse restée froide et pas un caillou en vue.

En attendant on n'est pas encore arrivés. Le passage de la barre des 3000 est facile grâce à une trace confortable. 

 

Et voilà le cairn sommital de Ouille Allegra à 3130 m. Un bon tchek pour une descente qui s'annonce magique. On ne traîne pas là-haut, histoire de pas se faire griller la prio par le groupe de Chambé sympa mais nombreux.

 

Comme imaginé le triangle sommital est parfait. 25° de pente, soleil et poudreux. Du ski grand large.

Les traceurs ont préféré descendre par la pente Sud du Clapier Vert pleine de cailloux. On plonge donc dans la combe Ouest. Poudreuse, froide et vierge.


Yeahhhh, le frangin pousse des cris.

 

Il faut remettre les peaux pour remonter 50 m. C'est le prix à payer pour continuer à skier des petits vallons orientés Ouest qui ont beaucoup moins pris le vent et le soleil.

Du très bon ski par rapport à ce que j'imaginais à la montée.

La journée se termine sur les pistes de ski fond où le pas de un est beaucoup moins efficace en ski de rando. 

 

Un dernier petit coup de chaud pour finir cette belle sortie en famille et quel plaisir de voir depuis les fenêtres de l'appart nos traces sur le sommet de l'Ouille Allegra.





topo








jeudi 3 décembre 2020

Le grand huit de l'Alpe d'Huez

 

 Il fallait être motivé ce matin, au moment de quitter la douceur d'un intérieur chauffé. Mon compteur affiche 3°C, l'humidité est telle que la route est trempée comme un jour de pluie et la visibilité limitée à une centaine de mètres.

L'objectif de la journée est de sortir de la cuvette, passer au-dessus de la mer de nuages et profiter du soleil sur les petites routes de l'Oisans. Pour l'instant, je suis bien dans la crasse et le thermomètre se rapproche de 0°C. Heureusement, cette première montée pour Villard Reculas réchauffe bien, sauf le bout de mes doigts qui réclament des gants plus chauds.

Quelques épingles plus loin, alors que la visibilité est de plus en plus faible, je découvre que le compteur peut aussi afficher des températures négatives ! Reste plus qu'à appuyer sur les pédales pour compenser la chute du mercure.

 


Sortir de la mer de nuages est toujours un moment magique en montagne. En quelques minutes, on passe du brouillard à une vue dégagée. De l'ombre à la lumière. Du froid humide à la douceur du soleil d'hiver. La transition est si rapide, qu'elle s'accompagne toujours d'un grand sourire et parfois d'une envie d’hurler au monde sa joie d'être là !!

Voilà comment une banale épingle à cheveux se transforme en spectacle avec l'apparition de l'envers de Belledonne et du Rissiou.

On est le 29 novembre et la montagne est totalement sèche, l'anticyclone du confinement, comme au printemps nous a nargués pendant plusieurs semaines. C'est mal engagé pour le ski, mais idéal pour le vélo si on accepte la présence d'une sacoche de selle contenant des épaisseurs pour la descente. Et ça c'est pas gagné dans l'esprit du cycliste, qui aime le carbone mais pas les sacoches. Light is right !

Malgré la proximité avec les immeubles de l'Alpe d'Huez, Villard-Reculas est un beau village de montagne avec ses chalets en bois éparpillés sur un coteau au soleil. Encore quelques coups de pédale pour rejoindre le pas de la Confession, point de bascule de la route vers Huez. Jusque là, tout va bien, il fait doux, je mange un morceau en regardant le Bourg d'Oisans noyé dans les nuages.

 

La prévoyance n'étant pas une de mes qualités premières, j'attaque la descente couvert mais avec la doudoune et les gants chauds dans la sacoche. Voilà comment je repasse dans le smog en grelotant. Heureusement, à partir de la Garde, la route remonte en direction des balcons d'Auris. Un des beaux passages de notre GTA estivale.

 

C'est quand la route devient étroite et accrochée à flanc de falaise que je retrouve le soleil, le sourire et le bout de mes doigts. Deuxième moment magique de la journée !!

Arrivé au barrage du Chambon, clignotant à gauche pour la dernière du jour, les 944m de montée du col de Sarenne. C'est une magnifique route pastorale comme on en trouve plusieurs en Oisans. D'un revêtement inégal, elles sont idéales en montée à vélo car peu fréquentées par les voitures. 

 

Après avoir traversé les jolis villages de Mizoën et Clavans, la route se redresse. Plus on monte et plus la vue sur le plateau d'Emparis et la face nord de la Meije se dégage. Ce panorama qui rappelle des souvenirs, m'aide à arriver à 1999m au col de Sarenne, point d'orgue de cette journée remarquable.

 

Le versant Alpe d'Huez du col est tout aussi beau. Et comme pour en profiter un peu plus longtemps, la route reste à flanc de montagne un long moment avant de plonger dans les 21 plus célèbres virages de la planète cyclisme.  

 

Après ce deuxième confinement et avant l'arrivée de la neige deux jours plus tard, cette belle boucle a comblé mes envies de grands espaces, de soleil et d'effort. C'est ainsi que je repasse sous le couvercle quelques virages après Huez, bien couvert mais avec le sourire pour un moment.


Stats : 83km D+2545m

 




samedi 29 août 2020

Ethique de la joie à la Dibona

 

Je dois avouer que j'ai pris bien du plaisir à grimper le pilier NE aux Bans avec Loïc, le week-end dernier. Et même si c'était en chaussures d'approche et en corde tendue, ça m'a redonné envie d'escalade cette affaire. 

Ça tombe bien, on était dispo avec Amel le week-end suivant et il faisait beau. 


Reste plus qu'à trouver la voie. 

J'aime bien ce blog de guides Suisses. Ça donne des idées de courses dans des coins qu'on connaît moins. Et voilà que je tombe sur un article récent décrivant une ligne bien d'chez nous, Danse avec le pilier sur l'Aiguille orientale du Soreiller. Une voie magnifique que j'avais grimpé avec Germain.

 

 

L'article parle d'une autre voie grimpée dans le week-end, Éthique de la joie en face Est de la Dibona. Tout aussi belle. Un coup d'oeil rapide au topo, 8 longueurs, 6a+ max. 

N'ayant pas grimpé en salle, ni en falaise au cours des 8 derniers mois, se pose la question de mon niveau actuel d'escalade... 

Mais sans aucun entraînement, les pas durs des 3 courses d'alpi estivales (Purtscheller, arête du soleil et pilier NE aux Bans) sont plutôt bien passées, alors 8 longueurs, ça devrait aller? Une descente déconseillée mais possible en rappel dans la voie confirme ce choix. 


On fait le choix de faire la voie à la journée pour profiter du festival les Endimanchés à St Pierre de Chartreuse samedi soir. Ça promet une bonne journée dimanche, la route, l'approche, la voie, la redescente et la route du retour.

La première longueur donne le ton, 5C 42m 6 goujons. Le soleil brille, la grimpe est belle, le rocher solide et sculpté mais ça ne déroule pas, il faut regarder ou poser ses pieds et les longueurs font toutes au moins 40 mètres.

 

Comme je l'avais évoqué plus haut, un coup d'oeil rapide au topo donne 8 longueurs 6a+ max mais quand on lit un peu plus en détails, on remarque que la voie fait 330 mètres pour 8 longueurs, que les 6a sont contis et que malgré la nouveauté de la voie, les V sont de bon vieux 5 d'antan: en résumé cotations serrées comme sa voisine Visite Obligatoire. Le topo conseille d'avoir un peu de marge car les pas sont souvent obligatoires et les points espacés.

Bref, au premier relais, on comprend rapidement qu'au mieux la journée va être longue et qu'au pire ça sera la descente en rappel. En escalade, comme dans la vie, il ne faut pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tuée.

 

Alors on prend chaque longueur une par une. On redécouvre la recherche d'itinéraire, la gestuelle dictée par le rocher et le plaisir de l'escalade sur le granit. 

Mais aussi les petits moments d'hésitation sur le mouvement à faire dans le pas dur, les prises de pieds qu'on aimerait plus marquées, les avants-bras qui commencent à tétaniser et le doute sur notre capacité à faire le prochain mouvement. 

En résumé, l'escalade, c'est beau mais c'est dur. Je suis pété, nom de Dieu, je vais lâcheeeeeeer !!

J'aime ce moment où, complètement focalisé sur l’enchaînement de mouvements que l'on est en train de réaliser, tellement concentré, qu'on en oublie le vide, le dernier point clippé, le mal aux pieds, le sac...

 


On donne tout ce qu'on peut pendant ces quelques secondes en apesanteur. Pour un grand soulagement une fois le crux passé. A ce titre, on se souviendra des petits pas coquins des deux premiers 6a+, de la belle écaille de L5 et des fameuses fissures rondes de L6 dont tout le monde parle dans les compte-rendus. Savoir verrouiller peut aider mais c'est pas cadeau pour autant !!

On arrive complètement cramé en haut de la dernière longueur dure. Heureusement qu'il n'y en avait pas une de plus. Cramé mais heureux de cette voie magnifique. Heureux car le but n'était pas loin.

Après 2 longueurs faciles mais embouteillées, deux rappels, un peu de désescalade et de marche, on arrive au refuge à 19h affamés. Un grand merci à la gardienne qui nous a servi un plat du jour délicieux et apprécié avant les 2 dernières heures de descente.

 


Départ à 5h30 de Grenoble, retour à 23h. C'était la belle bambée de l'été qu'on est pas prêt d'oublier. Bravo à Amel qui ne débordait pas d'énergie au réveil mais qui a assuré jusqu'au bout !!

 

 

 

 

 

 



lundi 17 août 2020

Un Banse au pilier NE des Bans

 

 -"Et combien de temps vous pensez mettre" ?

C'est LA bonne question que nous posent les voisins au diner ce soir à la table du refuge de la Pilatte.

 


-"Bonne question, je leur réponds, il suffit d'additionner les temps donnés par le topo"

-"Pour l'approche, la montée au sommet N, la traversée au sommet S, la descente de la voie normale et le retour au refuge par le glacier, la fourchette basse donne 2h+4h+30min+1h30+2h = 10h. La fourchette haute 2h30+6h+1h+2h30+3h = 15h".

Sachant qu'à la mi-aout, le glacier de la Pilatte n'est pas une autoroute, que les pauses, les temps de cramponnage/décramponnage ne sont pas comptés et qu'il faut rajouter 2 bonnes heures du refuge à la voiture...

J'avais dans l'idée que ça allait être une belle bambée, mais à cet instant, cette petite addition me le confirme.  

 

Heureusement après nous avoir conseillé sur l'itinéraire glaciaire pour accéder au pilier, la gardienne nous offre un diner bien copieux.

Au vu de la journée qui nous attend, le réveil à 3h n'est plus si choquant. Il y a du monde debout, on est trois cordées pour le pilier NE.

 La moitié basse du glacier est en glace vive et comme dans mon souvenir, assez tourmenté. Sur les bons conseils de la gardienne, on prend pied sur l'éperon rocheux pour arriver au dessus de la grande cascade. Quelques petites sections plus raides en glace vive, montrent les limites de mon système chaussures d'approches et crampons hybrides. En pointes avants, dans la glace dure, c'est un peu light...

 

La suite déroule doucement, contournement de crevasses, demi-tour, passage d'un pont de neige light. Pas aidé par une nuit d'encre, on arrive au pied du pilier NE des Bans à 6h. Étant donné l'état du glacier, l'attaque est plutôt confortable. Toute la quincaillerie installée au baudar, je passe facilement d'une petite plate forme de neige au rocher.

Les premières longueur me font regretter mes mitaines, mais ça ne rend l'arrivée du chauffage que plus agréable et heureusement le pilier prend les premiers rayons du soleil.

 

Comme annoncé par le topo, le rocher est magnifique et surprenant de solidité pour le massif. La grimpe, avec de bonnes prises de pied est très agréable en grosses. L'itinéraire assez logique, suit majoritairement le fil, avec quelques détours pour éviter des sections trop dures. Pas besoin de sortir le topo toutes les 5 minutes savoir si on est au bon endroit.

 

La fluidité de notre cordée avec Loïc rend l'escalade très agréable. Encordé à 30 mètres, on tire des grandes longueurs en corde tendue. Après 60 à 80 mètres de grimpe, le second a récupéré tout le matos et repars naturellement devant. Ces moments en second sont aussi agréables car ils permettent de grimper détendu sans se demander ou placer un friend car le dernier commence à s’éloigner ou de profiter du paysage sans se poser de question sur l'itinéraire. 

 

Ça déroule tellement bien qu'on arrive au sommet N en un peu plus de trois heures.

A 3669m, un Banse aux Bans, ça c'est fait ! Bien heureux de fouler ce sommet un peu délaissé des Écrins pour la première fois.

 

Souvent l'arrivée au sommet, signe la fin des difficultés mais pas aujourd'hui. C'est l'originalité de cette course. Le pilier n'est qu'une partie du programme. La suite, c'est une traversée d'arête jusqu'au sommet S. Pas difficile mais il faut rester attentif car le rocher est moins béton. Une cordée hétérogène peut commencer à perdre du temps. 

 

La descente de la voie normale qualifiée de "descente pas facile" par le topo reste dans le même thème, recherche d'itinéraire et désescalade. L'homogénéité de notre cordée, nous permet de ne pas tirer de rappels. Ça avance mais ça déroule moins qu'à la montée, les protections s'espacent parfois et même si l'itinéraire emprunte le meilleur rocher de l’éperon, on reste dans les Écrins... 

Comme on n'a qu'un brin de 50m, on continue encore un peu l'arête jusqu'à rejoindre la neige au col de Pilatte.

Ouf de soulagement. La course n'est pas finie mais cette descente était un morceau un peu sous-estimée ! 

Le retour par le glacier est beaucoup plus simple de jour. Mais la vue de certains ponts de neige sous un autre angle n'aide pas à se détendre. On est content de passer là à 13h et pas trois plus heures plus tard.

La perspective d'une bonne pause et d'une omelette au refuge nous donne du courage pour terminer cette descente qui inclue aussi une remontée d'échelles. Ça pique pas autant qu'après une belle journée autour de la mer de glace mais ça en a un petit goût !!

Totalement requinqué par une belle tortilla, les deux dernières heures pour rejoindre le parking sont longues mais sûrement moins que pour les autres cordées qui arriveront au moins 3 ou 4 heures plus tard...


bon topo mais vu l'état du glacier la photo date un peu...