mercredi 26 février 2020

Deux Grandes Lauzières, ça fait mal au Colon


6h20, le réveil sonne. Pas de réaction...
6h28, le réveil re-sonne. Un snooze, ça passe, mais il y a comme un truc qui cloche.
Petit moment de flottement.
 Le rdv était pas prévu à 6h à Meylan ?
Voilà, il fallait bien que ça arrive un jour, j'ai mis le réveil une heure trop tard ! Et forcément, ça tombe le jour où on a prévu 2500 de déniv'. La loose.
Cette petite boulette me vaudra un jogging en guise d'échauffement pour rattraper le reste du groupe. On a fait plus progressif pour attaquer une longue journée...



Je les retrouve à la sortie de la forêt, pour chausser les skis et le test DVA.
Ouf, l'honneur est sauf.



Neige dure et à l'ombre, les ingrédients sont là pour une première montée efficace. Pour changer d'habitude, on fait la rallonge en début de journée. Plutôt que de basculer au plus vite dans le vallon de la Grande Vaudaine, nous commençons par monter une première fois au sommet de la Grande Lauzière. 



Ça skie du sommet pour basculer dans la face Sud. La moquette rend les premiers virages plus abordables. Plus bas c'est un festival de neige transformée sur 1000 m de dénivelé. Le vallon de la Grande Vaudaine se mérite. Difficile d'y accéder sans faire moins de 2000m à la journée. La récompense, c'est qu'il est vierge de traces, la neige est lisse et douce, ça skie fort.
"J'ai les jambes lourdes", nous dit Boris.
"T'aurais pas déjà un peu forcé hier par hasard" ?



A la question, couper au plus tôt ou descendre jusqu'au plat, je réponds: "descendons tant que c'est bon". Ce sera donc le replat pour un pique-nique léger. Mieux vaut ne pas être en mode digestion pour remonter les 1000m jusqu'au sommet de la Grande Lauzière. On pensait souffrir du chaud dans ce four naturel, c'est finalement le haut à l'ombre entre bottage et carrelage qui nous coûtera le plus d'énergie. Et nous voilà, pour la deuxième fois de la journée au sommet. L'occasion de finir le pique-nique.



 La combe Ouest est bien transformée mais les passages ont rendu la neige traffolée. Ça se skie bien mais rien à voir avec le billard de ce matin. 



Le groupe remet les peaux pour la dernière montée du jour. Arrivés au sommet du Grand Colon après 2800 mètres de déniv', Matthieu est content, il n'a plus la gueule de bois et moi, je sens le contrecoup de mon échauffement un peu précipité. 



Une belle équipe de vainqueurs !! 
En se mettant moins de bâtons dans les roues, la prochaine fois, c'est objectif 3000. J'ai quelques idées, avis aux amateurs.



C'est mon neuvième hiver à Grenoble et je pense avoir fait au moins une fois par saison cet entonnoir Ouest du Grand Colon pour terminer une journée de ski.
"Ça rajoute un peu de déniv' mais on peut descendre beaucoup plus bas, grâce à des pistes qui rendent la forêt plus skiante que par Pré Raymond" (l'itinéraire de montée). Voilà comment j'avais vendu ce détour qui ne m'avait jamais déçu. 

Jusqu'à aujourd'hui, 23 février d'un hiver qui n'en a que le nom. Finalement, on doit porter 300 mètres de déniv' comme ce matin.
Skis lights, approche en baskets, moquette tout l'hiver,  je ne sais pas si c'est ça le ski de rando version Global Warming, mais il va falloir revoir certaines habitudes.
Et peut-être pas que sur les choix de balades à skis...







dimanche 16 février 2020

Grand Renaud


Mais qu'est ce qu'on fout là ?
C'est la question que je me suis posé un certain nombre de fois pendant la première heure et demi de montée. Il y a des journées qui commencent bien. Et puis il y a aujourd'hui.



A peine l'autoroute quittée, nous voilà dans dans les bouchons. Accident, chassé-croisé des vacances de février, feu de régulation à Jarrie...
Alors on n'avait pas envie de mettre le réveil trop tôt ce matin ?

A peine les skis aux pieds, qu'il faut déchausser pour marcher dans un chemin plein de boue. 
Une petite traversée de rivière plus tard, on attaque pour de bon la montée bien raide en rive droite du ruisseau du Villard.



Et à peine la montée attaquée, qu'on se dit :
"Mais on était pas venu chercher la poudreuse dans ce vallon plein Nord en altitude ?
Et puis, le BRA, il était pas à 3 pour la journée d'hier ?
Pourquoi, il faut mettre les couteaux si on ne veut pas dévisser sur cette neige béton ?"

En résumé, mais qu'est ce qu'on fout là ? Quelle idée saugrenue que de vouloir skier de la poudreuse mi-février, alors qu'on pourrait remonter une belle face au soleil en attendant que la neige transforme...



 Finalement, nous aurons la réponse à notre question un peu plus haut.
D'abord un petit saupoudrage sur fond dur. Plus on monte et plus la quantité de neige fraîche augmente, jusqu'à ne plus sentir le fond dur.



Nous voilà maintenant sur la crête à quelques dizaines de mètres du sommet du Grand Renaud.
Le panorama est magnifique avec une perspective sur les massifs environnants différente de d'habitude.
Sous nos pieds, une belle pente vierge à 30-35° en poudreuse froide.



Tous les guenillages de la matinée sont oubliés et à cet instant, on sait ce qu'on fout là...
















 

mardi 11 février 2020

Les faces Sud du Queyras.


Quand tu me dis Queyras, je pense retour d'Est, mélézin et surtout poudreuse. Parfois beaucoup de poudreuse, parfois trop de poudreuse. Comme lors du camp GUM de l'hiver dernier où c'était compliqué de trouver des idées de sortie par risque 4 ou 5. 
Avec une telle quantité de neige fraîche, toute sortie hors forêt était inenvisageable, trop de pente signifiait danger, pas assez et tu restais scotché. Les cascades étaient noyées sous la poudre et même en ski de fond on brassait trop...

Bref, il y a moins de neige que l'an dernier mais on va pas s'en plaindre.
Pour ce premier jour, nous visons le Pic du Fond de Peynin en boucle par le col de Peyre Nière. Pour rejoindre ce dernier, la première pente est orientée au Sud. Et là, aïe, aïe, aïe... C'est pas terrible. Mélange de neige dure et zones de neige fraîche déposée par le vent. Bon, on garde le moral en se disant que ça sera meilleur sur l'autre versant. Nos espoirs de poudreuse s'envolent lors de la première descente en Nord dans le vallon de Rasis. Il y a quelques bons virages dans le milieu mais le tiers du haut a été travaillé par le vent et le bas a souffert du redoux...



C'est pas le genre de la maison, mais on traverse dès que possible pour ne pas descendre trop bas. Nous voilà donc au pique-nique avec un espoir de faire du bon ski proche de zéro. Mais le temps de croquer dans un sandwich, le petit voile qui nous accompagnait depuis ce matin se disloque tranquillement. Pendant que nous montons au Pic du Fond de Peynin, la neige a le temps de chauffer et la descente est agréable entre poudreuse dans les contre-pentes et moquette au soleil. C'est d'autant plus apprécié qu'on s'attendait à skier de la tôle.



Quand t'as besoin d'une idée de sortie, pas besoin de fouiller skitour pendant des heures, il suffit de demander à Toz. Alors pour demain, je voudrais une belle face Sud avec de la pente pour que ça transforme.



C'était marqué sur la porte de la chambre mais je ne connaissais pas. 
Le Bric Froid c'est le troisième sommet du Queyras à 3300m, 1300m de face, 4.1 avec un final de 150m à 40°.



Ça semble parfait, sauf que la face n'est pas très enneigée cette année et il y a un doute sur la deuxième étroiture. On tente malgré l'incertitude. Il suffit juste de convaincre François, le gérant du gîte (un peu beaucoup bourru) de se lever une heure plus tôt pour nous faire le petit dej' à 6h.



Nous ne regrettons pas notre choix. A la montée, la première étroiture passe à skis en zigzaguant entre les cailloux. Il fait bien chaud dans la face, alors pour se rafraîchir, il suffit de penser aux copains qui sont en cascade à Ceillac.


 
 On chausse les crampons au pied du deuxième verrou.



Passé 3000, le rythme ralentit mais nous arrivons tous les 6 au sommet à 3302m avec le sourire. Le Bric Froid, c'est le genre de sommet qui se voit de loin, forcément la vue est panoramique. 



Le temps d'un petit pique-nique et la face Sud est transfo à point. La meilleure neige sera dans la portion la plus raide (un petit couloir à 45°). Une moquette toute douce et la pente passe mieux.
Plus bas, un petit couloir nous permet d'éviter les cailloux de la première étroiture. Et il reste encore 700m de moquette jusqu'à la rivière, le groupe peut se lâcher mais aussi faire fumer les cuisses !



Un verre et une barquette de frites en terrasse à Abriès viennent clôturer cette belle journée.



Vendredi, je propose de monter au refuge Agnel en skating. Les motivés signent pour 7.5km de montée pour 500 de déniv'. Malgré une petite erreur de calcul, la team collant arrive au col Agnel après 12.5 km de montée et 750 de déniv'. Chacun son style, mais tout le monde s'est bien donné !!


 
Bravo à tous.
Comme hier, après l'effort, le réconfort est bien apprécié sur la terrasse du refuge Agnel.
Nous découvrons à la descente qu'on peut aussi faire chauffer les cuisses en ski de fond !!



Le soleil est de retour dimanche. Il y a un autre sommet qu'on voit de tout le Queyras, c'est le Pic de Rochebrune, deuxième sommet du massif. Une belle pyramide de neige et de rocher. Je serai bien tenté par le couloir SW du sommet Sud (tracé rouge), malheureusement météoparapente prévoit un vent de SW forcissant en fin de matinée. La ligne a l'air majeure, mais je n'ai pas bien envie de skier un couloir en 4.3 qui risque de ne pas décailler. Et je vais avoir du mal à trouver des motivés... 
Il va falloir se mettre à l'abri du vent si on veut skier de la moquette.



Skitour décrit le triangle SE de l'antécime SE comme "un très bel itinéraire où on évolue sur la fin du parcours dans un magnifique cirque de tours rocheuses et de falaises stratifiées, avec une belle pente régulière sur plus de 400m de dénivelé." 
Vu comme les versant Sud sont secs, j'avais bon espoir de pouvoir monter en voiture au hameau du Rouet. Mauvaise nouvelle la piste est sous la neige, on gagne 1 bon km de faux plat. Bonne nouvelle, la neige est là en continue après le premier virage et on chausse à 100 mètres de la voiture.
 J'ai comme l'impression d'avoir les oreilles qui sifflent sur la piste qui monte (doucement) à la bergerie de Péas. 
"Oui, on va pas dans le Queyras pour se taper la piste de Prabert..."
La vision du grand vallon de Péas, sans un skieur à l'horizon, met tout le monde d'accord. 
Le soleil vient nous réchauffer et on est bien content de découvrir le Queyras sauvage, même si ça se mérite.



Le triangle SE est maintenant visible, mais comme le Queyras sauvage se mérite, il faut faire la trace. Et le quatrième jour, ça ne se bouscule pas... C'est vrai que le cirque de tours rocheuses et de falaises stratifiées est magnifique. Le vent est léger, ce qui nous permet de pas crever de chaud et de ne pas se presser en prévision de la descente. Ça s'annonce bien ma foi.
On me dit dans l’oreillette qu'il ne fait pas assez chaud, que ça ne va pas transformer. Je dis: "C'est toujours la même qui râle ? Attends un peu, voir..."



 Grâce à une vieille trace, la montée finale passe bien à ski jusqu'à quelques dizaines de mètres sous le collu. Le groupe termine à pied jusqu'à l'antécime. Le sommet est étroit et le vent souffle fort, bref on ne s'attarde pas là-haut !!



Plutôt que de trainer au collu qui est bien ventilé, nous plongeons dans la face SE. Le topo annonce 4.1, 40° sur 50 mètres puis long 35°. La moquette un peu lourde en haut, s'améliore dans la deuxième moitié de la face. Ça skie en grandes courbes.



Aujourd'hui pas de terrasse alors la récompense sera les 500 derniers mètres de descente jusqu'à la rivière. Une neige parfaite, alternance de moquette et de poudreuse légère. On peut skier vite et fort. Comme l'impression de pouvoir s'exprimer.
Les plus belles courbes de ce début d'hiver.



Moyennant quelques déchaussages et poussées de bâtons, nous arrivons à proximité des Meyries où sont garées les voitures. Il fait chaud, les environs sont déneigés, ça sent le printemps. Normal, on est le 9 février... 



Merci à Sylvain pour l'orga et merci à François pour son accueil et sa bonne humeur de bon matin.
 Enfin que si le gîte de Ceillac ne veut pas de nous !!


























samedi 18 janvier 2020

Le Bonnet de l'Evêque et la Tête de la Cavale


C'était en janvier 2012, mon premier hiver à Grenoble, il y a 8 ans déjà.
Je découvrais le plaisir d'explorer la montagne enneigée et la descente qui va avec.
Surf sur le dos, raquettes aux pieds, j'étais inscrit à la section surf-alpinisme du Cafgo, les Guenilles. A l'affût de la moindre proposition, totalement mort de faim.



Je me rappelle bien ma première sortie avec le club. C'était à la Tête d'Oriol dans le Dévoluy.
Sortie panoramique mais pas mythique.
Je me souviens surtout de m'être dit : "Mais qu'est ce qu'on va foutre là-bas, si loin de Grenoble alors qu'on est entourés de montagnes enneigées autour de la maison? "



8 ans plus tard, je comprends pourquoi après avoir poncé les massifs autour de la cuvette, on peut avoir envie d'ailleurs. Et c'est vrai que ces derniers temps, je manquais de nouveaux projets dans mon massif favori, Belledonne.

En plus de donner les conditions de neige, Skitour permet de faire découvrir de nouveaux itinéraires. Il a suffi d'un patient qui annule sa séance pour que je lise plusieurs compte-rendus d'itinéraires dans le Dévoluy. Le massif se prête bien à des sorties hivernales, car il déneige vite. Et puis, découverte récente, le Dévoluy, ce n'est pas que les Chorums.



Après réflexion, on abandonne la cheminée du petit Obiou pour un itinéraire plus paternel, mais non moins intéressant, l'enchaînement couloir de l'arche du Malpasset et Tête de la Cavale par la face Sud.

Le lever de soleil dans le Vallon du Mas, me fait dire à Nico:
-"Mais qu'est-ce que c'est beau ici !
2 minutes plus tard
- Mais qu'est-ce qu'on est bien mon pote !
2 minutes plus tard
- Mais qu'est-ce que ça fait du bien de changer de massif !
2 minutes plus tard
- Mais il y a bien moins de monde qu'un dimanche au Col du Sabot"



Le mec qui n'écrit pas avec ses pieds dira plutôt: "Le Dévoluy a ceci de magnétique qu'il mélange cimes arrondies, vallées alanguies, combes fermées et donjons inexpugnables. Le Dévoluy est une version perdue dans l'espace des Dolomites."

J'ai pensé la même chose quand le soleil est sorti des falaises de la tête de Lapras alors qu'on remontait un vallon frigorifique au doux nom de combe de la prison.



 10 minutes plus tard, on passe du frigo au four.
Forcément à 11h, dans un couloir plein Sud de 150 mètres à 45-50°, il fait chaud.

Alors on transpire à grosses gouttes en se réjouissant de la moquette à venir.
Et heureusement que la neige est douce à skier car il penche un peu ce couloir. 150 mètres coté 4.3, c'est court mais c'est raide, surtout l'entrée !!
Finalement, là on regrette moins la cheminée du petit Obiou, cotée 5.2



La montée à la Tête de la Cavale par l'arête Nord nous amène rapidement au sommet d'une manière esthétique. Vercors, Chartreuse, Belledonne, Ecrins, Baronnies. Le Dévoluy, c'est panoramique!!
Et comme la vie est bien faite, la face Sud de la tête de la Cavale est à son tour en parfaite condition pour descendre à 13h. 4.2, 200 mètres à 40-45°. Les quelques degrés de moins font la différence. On peut se lâcher. Encore une belle coche pour la Viking Team.



Il reste encore quelques bons virages à faire en rive gauche du Vallon du Mas et on arrive à la voiture moyennant un ou deux déchaussages. 2100 mètres dans les pattes mais bien heureux de cette journée parfaite. On s'est pas levé à 4h45 pour rien et en plus Nico aura même le temps de prendre une douche avant d'aller chercher sa fille à la crèche. Elle est pas belle la vie ?














mardi 7 janvier 2020

Tricotage à la Pointe de l'Aup du Pont.



Quand à peine arrivés au col du Villonet, un type débarque du versant Nord avec les couteaux aux pieds, le projet de traversée Roches, Merlet, Bacheux par les combes poudreuses perd tout son intérêt. L’intéressé nous le confirme, c'est effectivement pas terrible dans les pentes froides. Alternance de neige travaillée par le vent et plaques de verglas.



Bon, bon, bon...
En plein courant d'air au col, il va falloir trouver un plan B rapidos entre deux cuillères de polenta, l'itinéraire de montée n'étant pas suffisamment raide pour transformer. On peut donc aller ni devant, ni derrière pour faire du bon ski. A notre droite, le Rocher des Trois Doigts n'est pas non plus très accueillant. Reste plus que la gauche alors.
Un petit coup d’œil à la carte nous confirme qu'on peut aller facilement aux Brèches de la Passoire. De la brèche, la possibilité de rejoindre la Pointe de l'Aup du Pont est plus hypothétique.



On met les skis sur le sac sous la brèche. Du coup, même si on ne peut pas aller au sommet, le nouveau sac d'Antoine aura été baptisé. Comme les crampons sont restés à la maison, on avance tant qu'on peut tailler des marches. Doucement mais surement, en suivant une vieille trace, le cairn se rapproche.
Et bah voilà, c'est le summit 2713m. Check mec !!



Bon et pour redescendre, ça se passe comment ?
De visu, ça a l'air plutôt raide (dans les 40°). Mais comme c'est le printemps en hiver, une pente soutenue plein sud à 2700, ça transforme bien. On peut donc skier détendu même si le premier virage de l'année est peu dur à enclencher. Plus bas la pente s'adoucit, on se lâche. La neige est super bonne. Alternance de poudre et transfo selon les contre-pentes. On arrive donc rapidement au replat de la Cave de Combe Rousse un peu décoiffé certes mais avec le sourire.



Nous décidons de remonter au col des Fontaines pour faire durer le plaisir.
Les jambes sont lourdes après une semaine bien chargée en skating mais on sait que la descente sera elle aussi en bonne moquette.
Pas manqué, ça skie à Mach 12 jusqu'à retrouver le fond de la combe, totalement inskiable.
Au moins avec 2100m de déniv' au compteur, on aura rentabilisé cette dernière section moins marrante de traversée de coulées d'avalanches en ski.



Voilà une façon originale de rejoindre la Pointe de l'Aup du Pont. C'est pas la plus directe mais c'est plus varié avec la section finale à pieds.












vendredi 13 décembre 2019

Wadi Rum


Le Wadi Rum est un désert de sable d'où émergent des parois de grès hautes de plusieurs centaines de mètres aux possibilités d'escalade exceptionnelles.



Le grès incite naturellement à la prudence mais reste globalement solide dans les voies classiques.
Cette matière merveilleuse à la texture et aux formes originales est une invitation à l'escalade.
Fidèle à ses origines, Tony Howards, le découvreur du site en 1984 a tout de suite opté pour le trad pur et dur.



Évidemment, ce style d'escalade, "sur coinceurs" force à la modestie. Mais dans les classiques, le rocher se prête bien aux protections, notamment le long de belles lignes de fissures.
Les voies bédouines, davantage typées "montagne" privilégient la recherche d'itinéraire à la difficulté pure. Elles sont parfois le seul moyen de redescendre.



Pour une découverte en douceur,  on attaque par des petites voies en face Est du Jebel Rum. Goldfinger est hétérogène mais propose une belle fissure en troisième longueur. Pas trop d'approche, 100 mètres d'escalade abordable, descente en rappel, c'est parfait pour prendre la température.



 Après le pique-nique, Pauline et Germain vont grimper Flight of fancy, une autre voie du secteur, plus belle, plus homogène mais aussi plus dure...



Le lendemain on rentre dans le vif du sujet avec Pilar of Winsdom, le pilier de la sagesse. Une grande classique du Wadi Rum qui mérite largement "3 étoiles". Bon rocher, bonnes protections, escalade variée. Mais avec un socle de 100 mètres en 3+/4, une longue descente paumatoire par la Hammad's route en plus des 10 longueurs, l'ensemble n'est pas à sous-estimer. Là, on découvre vraiment ce qu'est l'escalade en Jordanie. Je grimpe les cinq premières longueurs du pilier en tête. Le rocher est sculpté, l'escalade est belle et ça protège bien. C'est d'autant plus plaisant que Pitou et Bégo qui grimpent devant s'occupent de la recherche d'itinéraire. On se dit "tranquille la grimpe en Jordanie !!"


 
Les choses se corsent dans la deuxième moitié du pilier. L'itinéraire est moins évident. On se pose des questions et on teste plusieurs options plus ou moins engagées.
Germain repasse en tête, on papote avec Pauline en évitant de penser au relais sur lequel on est pendu...

La voie se termine avec un bon pas de dalle, heureusement protégé par 3 spits (les seuls de la voie). Un check, un selfie, l'équipe est bien contente d'être en haut. Mais on sait que la journée n'est pas finie...

Dixit Phillipe Brass, la recherche de la descente sur le plateau lunaire du Jebel Rum offre des moments d'inquiétude lors de son premier parcours, instants d'interrogations sur la route à suivre et de respect pour les Bédouins qui les premiers résolurent l'énigme de ces labyrinthes. Le haut de la voie débouche sur un plateau fait de multiples dômes et le topo nous dit de trouver "un entonnoir de dalles dans lequel il faut s'engager. D'abord facile, la pente devient vite soutenue, désescalade et/ou coincements de pieds dans la rigole". Effectivement petit moment d'inquiétude.



On devine la plaine sableuse où on doit aller mais on n'a pas envie de s'engager dans n'importe quel entonnoir. D'autant que ça a l'air plutôt raide et pas protégeable.
Là on se dit "Ok, l'escalade au Wadi Rum, c'est pas que la montée."



On se sortira finalement de cet égarement grâce à deux rappels sur arbres branlants. Ouf, maintenant on est sûr d'être sur la bonne route.
La suite c'est de la marche, de la désescalade, des rappels, de la marche, de la désescalade, des rappels, etc, etc. 
Mais c'est plutôt logique, ça déroule assez bien et c'est beau avec les lumières du soir.



Et voilà, comment le groupe arrive à l'auberge 11 heures après être parti, farci mais bien heureux de cette journée. Tout à fait disposé à faire honneur au poulet et ses légumes cuits à l'étouffé cuisinés par Attayeck.



Mercredi, pendant que Pitou, Germain et Bégo vont se mesurer à la Guerre Sainte, j'emmène Pauline et Amel dans Rum Doodle



Le topo nous la décrit comme une très jolie voie en styles variés dans un coin sauvage pourtant proche du village. Des deux beaux piliers cachés au fond du Wadi Shelaali, la voie remonte celui de droite en son centre.
C'est une escalade plus "extérieure" que les classiques du Wadi Rum sur un grès sculpté comportant des dalles à corn-flake et beaucoup d'ambiance.
280 mètres, 5 obligatoire. 



L'escalade est plaisante avec des fissures de toutes les tailles, des dièdres et souvent des prises sur les côtés. La fameuse chips jordanienne. Comme dit le topo c'est beau sans être dur.
Si on ne sort pas au sommet (ce qui implique 4 heures de descente à pieds), on peut s'arrêter en haut du dièdre de L7. On évite ainsi du tirage et de la recherche d'itinéraire dans deux longueurs faciles moins intéressantes.

En faisant des rappels de 25 mètres, on n'a coincé la corde que dans le dernier rappel du socle. Deuxième moment de solitude, en équilibre sur un éperon à se demander pourquoi la corde coulisse dans un sens mais pas dans l'autre.



Conclusion de la journée, en Jordanie, même une voie pas trop longue c'est vite une belle bambée.
L'approche, le socle, la recherche d'itinéraire, les rappels de 25 mètres...
Le rythme était plus cool qu'hier mais ça nous a pris 9h30 quand même.



Les doigts bien échauffés après ces 3 premiers jours de grimpe, il était temps de se reposer, pardon, de se cultiver.
Et ça tombe bien, on est à moins de 2h de route de Pétra.



Même pour les incultes, difficile de rester insensible à la vision d'Al Khazna qui se découvre à la sortie du Siq, une gorge étroite de plus d'un kilomètre.



Jeudi on organise une collective à The Beauty. C'est une des voies qui a motivé le voyage en Jordanie. Le topo nous la vend comme une voie superbe, très esthétique. Alternance de belles fissures, dülfers magiques et murs techniques.



Comme d'habitude, l'approche peut être longue (de 1 à 4 heures...), mais le descriptif de camp to camp est précis et on a bien potassé.
C'est presque surpris qu'on arrive au pied du mur après une bonne heure de marche. 


 
La première longueur est juste parfaite. 30 mètres de dièdre fissuré, avec des pieds de temps en temps pour mettre un friend. Allez Pitou, allez Amel, allez Bégo, allez Pauline, on a le temps d'encourager tout le monde avant de se lancer avec Germain.
On est seuls mais il y a de l'ambiance dans cette grande classique jordanienne. Les encouragements montent et descendent.



La suite est variée, petit crux en fissure à doigts et petits pieds pour L2, pas de dalle (non obligatoire) en L4.



Fissure large en L5.
Germain est motivé pour essayer la dernière longueur en 6C de Priez pour nous. Court mais intense.
Le rocher béton, les bonnes protections nous ont permis de repousser nos limites dans cette voie.



On rejoint les filles au sommet. C'est top d'être tous ensemble là-haut après cette journée magnifique. Descente en rappel efficace et c'est bien la première fois qu'on arrive à Rum Village avec le soleil.

Pour le dernier jour de grimpe, l'idée c'est de profiter du désert en allant grimper à Barrah Canyon. Arnaud Petit nous le conseille comme un lieu reposant comparé au village. Ici, point de chien qui aboie, ni de muezzin pour chatouiller les oreilles un peu trop tôt (on voit que le mec n'habite pas à Grenoble...).
Il y a deux voies incontournables à Barrah Canyon, Merlin's Wand et The star of Abu Judaïdah. Bégo et Amel choisissent la première. La face, un mur sombre avec une balafre parfaitement rectiligne est inquiétante. En fait, le rocher est très sculpté et si l'on se protège dans la fissure, c'est à l'extérieur que l'on grimpe sur des réglettes et des écailles de toute beauté. Seule la première longueur requiert des aptitudes de grimpeur de fissure. Il paraît que c'est un vrai 6a en fissure qui en a fait renoncer plus d'un, avec des excuses plus ou moins valables...



Encordé avec Pitou, suivi par Pauline et Germain, on va grimper The star of Abu Judaïdah. Décrite comme la plus belle voie de la cordée Duverney/Monnet au Wadi Rum. 


 
C'est grandement mérité. Cette superbe voie très variée est un vrai voyage avec d'avantage d'ampleur que Merlin. Au même titre que Lion's heart, c'est une voie incontournable, un peu plus accessible et moins typée fissures.



On alterne longueurs plus faciles (5c et 6a) avec des sections peu protégeables, et longueurs plus dures (6a+ et 6b), plus protégeables mais aussi plus teigneuses. Bref, on ne se détend pas beaucoup. Mais quelle ligne et quelle ambiance !!!



Les rappels s'enchaînent bien et, comme je m'en doutais, Pitou me propose  d'enchaîner avec Merlin. C'est mon dernier jour de grimpe et je suis bien plus en forme qu'au début de la semaine. 



Ces vacances sportives m'ont finalement reposé. Une coupure dans cette période un peu trop speed était bienvenue. Avec les conseils d'Amel et Bégo, on se fait nous aussi défourailler dans l'enchaînement des deux premières longueurs de Merlin's... 



Et comme on se trimballe la frontale depuis le début du séjour, c'est presque un plaisir de la sortir pour les rappels.



Après cette journée intense sur les deux king lines de Barrah Canyon, on retrouve les copains au coin du feu, pour un bivouac grand confort en plein désert organisé par notre hôte de luxe Atayeck.
Dur de mieux terminer cette semaine jordanienne.





Wadi Rum pratique 1JOD = 1,3€

Vol Genève-Aquabat pas cher avec Easy Jet. Aquabat est bien plus proche du Wadi Rum qu'Amman. Un peu plus de 100€ A/R avec 15kg de bagage.

Demi-pension et bon accueil chez Atayeck 20 JOD/jour.
Affinités avec le poulet recommandées.

On peut prendre le visa sur internet. Jordan Pass 70 JOD avec l'entrée à Pétra inclue qui coûte à elle seule 50 JOD.

C'est Atayeck qui nous a organisé le transfert de l'aéroport à Rum village (40 JOD/taxi), l'A/R à Pétra (80 JOD/taxi), le bivouac à Barrah Canyon (80 JOD pour un 4×4 de 6).

ATM et bureau de change à l'aéroport (meilleur taux en ville). Rien à Rum.

Quelques supérettes à Rum village. 

Topo anglais pas vraiment clair et à jour, mais Rock around the world, Parois de légende d'Arnaud Petit et camp to camp se complètent bien.